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Je me souviens


Je me souviens encore, je n'avais pas cinq ans
De la sinistre guerre, des sirènes, des boches
Et des marins français captifs de l'allemand.
C'était le sabordage, la vie s'annonçait moche.

De noires escadrilles n' indiquant rien de bon
Récitaient au hasard malgré les fumigènes
Leurs mornes chapelets sur nos tristes maisons.
Elle portait le deuil ma ville de La Seyne.

Les familles nombreuses étaient alors priées
De dégager la place, de quitter cet endroit.
Raoust* ! via la DrĂ´me oĂą le Haut Vivarais.
Le Morbihan pour nous, je vais dire pourquoi.

De Bretagne, ma mère, étant originaire
A l'appel familial elle répondit oui
Et au bourg accueillant qu'aujourd'hui je vénère,
Et ces gens de Guilliers, Ă  qui je dis merci.

Aux odeurs du fumier on s'est habitué,
Aux vaches aussi, aux pommes et la grande scierie
Qui employait mon père, il fallait bien manger,
Se transformait la nuit, en chantier du maquis.

Que c'est loin et pourtant, j'entends toujours le bruit
Des bottes sur le sol et des cris sans bémol
Menaçant de tirer sur la fenêtre où luit
Le semblant de lumière d'une lampe à pétrole.

L 'école du « Bon Dieu » et son instituteur,
Sévère, juste et bon, te sera profitable
Faudra payer les cours à ton frère, à tes sœurs
Maman ne voulait pas de 1 'Ă©cole du diable.

Enfant, de cette Ă©poque, je garde ces images,
Mais quel triste retour dans ma ville meurtrie
Ses immeubles détruits ou je vois des visages
BlĂŞmes et amaigris, guerre, je te maudis!



* Cassez vous ! (en patois de Rhénanie).

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