JE ME SOUVIENS....
LA SEYNE

La rue Denfert Rochereau
C’est en 1950 que j’ai vraiment connu La Seyne, que j’ai tout de suite aimé, particulièrement la rue Denfert Rochereau que l’on classe aujourd’hui petite rue, mais qui était à l’époque à elle seule tout un village.
Tous les commerces y étaient représentés, la boucherie, la boulangerie, les épiceries où dès le matin s’installent quelques bazarettes qui colportaient tous les ragots du coin.
Une grande partie de cette population dont le chef de famille travaillait aux Chantiers ou à la sorbe ne roulait pas sur l’or et les commerces fonctionnaient avec l’ardoise. Le commerçant inscrivait tout au long de la semaine les différents acahts qui étaient réglés le jour de la quinzaine. Cela se faisait généralement honnêtement, car un commerçant qui marquait comme on disait « avec la fourchette », ou un mauvais payeur, étaient vite connus sur la place.
Il y avait aussi une sage femme qui jouait un rôle très important car les accouchements se faisaient généralement dans le logement de famille avec l’aide des voisines, femmes et enfants couraient parfois de grands risques.
J’avais en admiration le vitrier qui tout au long de la journée trimbalait sur ses épaules un énorme châssis plein de vitres. J’ai toujours entendu dire qu’avant son passage il valait mieux fermer ses volets car quelques pierres bien placées par des gamins faisaient marcher son commerce, mais cela je n’ai jamais pu le vérifier. Il y avait aussi une foule de cordonniers, « les pégots ». Ils ressemelaient les chaussures usagées, car pas question de les jeter, ils fabriquaient aussi des souliers sur mesure et des « biasses » (musettes) qui, avec la « bache » (casquette) et le « bleu » propre, étaient la tenue vestimentaire des travailleurs.
Parmi le plus célèbre de ces « pégots » , Pédro, installé sur la Place de La Lune : « Cordonnier, Photographe d’Art ». Certains pince-sans-rire disaient que c’était le cordonnier le plus mal chaussé de La Seyne, cela venait sans doute du fait qu’il n’avait qu’une seule jambe. Si vous aviez le torticolis, au 1er étage il enfilait sa blouse blanche et vous remettait en forme ! Le tout pour le même prix.
« Photographe d’art » : c’est à ce titre qu’il a vu défiler des générations de Seynois, c’était comme au conseil de révision, tout nouvel embauché aux FCM devait faire tirer son portrait pour la carte.
Au milieu des savates, des photos collés contre les murs, jaunies par le temps, on prenait a pose, mais c’est à croire que la place du « gnoti » il ne sortait de cette boite que des mines patibulaires qui faisaient peur à leur propriétaire. (*)
J’aimerais aujourd’hui retrouver une série de ces cartes.
Un autre lieu de rencontre dans la rue c’était aussi la fontaine. Dès le matin, c’était le rinçage, cela se passait de suite après le passage du torpilleur, grosse citerne tirée par un cheval, desservie par un fonctionnaire municipal à qui rien ne coupait l’appétit. Il dégustait son casse croute, suivant sa citerne et son cheval, s’arrêtait de temps à autre pour récupérer le contenu des toupines, et bien entendu c’était ces vases malodorants qui étaient rincés à la fontaine. Ensuite tout au long de la journée le défilé des ménagères et surtout des enfants chargés de cruches et de bidons, c’était la corvée d’eau car si les logements ne possédaient pas d’assainissement rares étaient ceux qui avaient l’eau courante .
Et puis au début de la rue, juste à côté de la Bourse du Travail, le lavoir Saint Roch
Été comme hiver, dans les courants d’air, le froid, les « bugadières » lavaient le linge pour les gens. Arrivées de bon matin pour avoir les bonnes places, la lessiveuse sur la tête, la pièce de savon de Marseille dont les tombées étaient précieusement gardées, le battoir.
Elles n’avaient pas de lessive, il fallait frotter, battre, esquicher, étendre au soleil pour rendre aux clients le linge plus blanc que blanc pour cinq francs la demie journée….
J’ai beaucoup de souvenirs de cette activité car celle qui devait devenir mon épouse travaillait au lavoir. Elle avait comme d’autres commencé à 12 ans. Vers la fin des années 50 bon nombre de familles de travailleurs avaient quitté la rue pour se retrouver à Berthe. Même convivialité, même solidarité, la vie a continué dans le même état d’esprit, au grand dam des nantis de l’époque crachant leur haine à l’encontre des logements sociaux ; c’est vrai qu’au cours des années 60 la situation a changé, mais c’est une autre histoire.
Arriver à Berthe nous a permis d’offrir à nos enfants des logements clairs, aérés, des toilettes et des salles de bain, arriver à Berthe nous a fait changer de siècle. Un grand merci à Toussaint Merle et à tous ceux qui l’ont entouré.

Brémond



Le « Léonor Fresnel » était un bateau civil des Ponts et Chaussées chargé du ravitaillement des phares et balises pour la méditerranée. Il avait son port d’attache à La Seyne. Ce bâtiment mi-voile mi-vapeur affrontait tous les temps pour remplir sa mission jusqu’u phare du Titan à l’ile du Levant, il relâchait à Cavalaire car le danger était grand au passage du « Scampe Barriou ». Les familles des cinq hommes d’équipage attendaient avec impatience leur retour. Le capitaine de ce bateau était de 1910 à 1931 Mr Jules Trouyet, mon oncle.

Vers 1935-36, ma grand-mère venait nous chercher à la sortie de « L’Asile » (école maternelle ou plutôt garderie). Dans la rue Faidherbe où elle habitait passait le troupeau de chèvres de Mr Melouga. Elle nous achetait, à mon frère et à moi, un bol de lait, trait à même le pis de l’animal. Un coup de trompette annonçait le passage et d’une voix de stentor « la brousse » (c’était le yaourt d’aujourd’hui). Le troupeau se déplaçait au son des clarines laissant derrière li une odeur de ferme, et beaucoup de « pétoules » .

La rue d’Alsace était cimentée. Un jour, revenant de l’école Martini, je croisais l’énorme charrette chargée de « faïssines » (branches de pin en fagot) servant à chauffer les fours de boulanger, tirée par deux énormes percherons. Soudain l’un des chevaux glissa et se retrouva couché sur le côté ! Le charretier détacha la bête, fit plusieurs fois claquer son fouet, et d’une vois énorme se mit à encourager le cheval à se relever. L’animal eut toutes les peines du monde à se remettre sur ses quatre pattes. J’étais médusé, mort de peur !

Je me souviens que Mme Restagno dite « Roustant », cardeuse de matelas (matelassière) s’installait sur le trottoir devant la maison de ses clients. Une fois la laine passée dans son peigne elle la replaçait dans la toile. Installée sur deux tréteaux, elle recousait le tout. Le matelas doublait de volume.



Eugénie Abbona, née en 1905

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